Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

COUSCOUS ROUMAIN

 

COUSCOUS ROUMAIN

 

Interrogatoire

Hilare, le Commandant donne un coup de coude à son adjoint.

- Tu entends ça Alain ? On dirait une poire qui tombe d’un pommier !

Alin hausse les sourcils d’étonnement.

- Je ne vois pas ce que vous voulez dire…

Antoine Defond fait semblant de regarder ses chaussures et parle sur un ton de confidence.

- Oh, tu sais, nous sommes des gens simples dans la police. Nous ne sommes peut-être pas de grands littéraires ni des mathématiciens notoires, par contre, on sait compter ! N’est-ce pas Alain ? Aujourd’hui, par exemple, avec trois flingués hier matin plus cinq ce soir, sans compter la clientèle, on se dit, attention, huit dans la journée, à ce rythme là vous allez dépasser les performances de la grippe H1N1 !

S’il y a une chose qu’Alin ne supporte pas c’est l’humour à ses frais.

Il lui en coûte déjà de perdre des hommes, surtout quand ils sont assez efficaces, utiles et précieux, mais se faire charrier par un poulet par-dessus le marché, c’est à la limite de l’étouffement.

Il se contente de faire bonne figure et de prendre un air attristé.

- J’ai certainement perdu ce soir des connaissances et, qui sait ? Peut-être même des amis…

- Ben voyons ! Quelques voisinages, des connaissances de quartier, quelle tristesse !

- Absolument !

Le Commandant s’approche et regarde le ciel tout en lui murmurant à l’oreille, souriant, comme si ce qu’il lui soufflait il le faisait avec un plaisir sadique.

- Tu vois derrière moi ? Je vais te surprendre, ce n’est pas une forêt de bambous, non, ce sont des dizaines de "perches", des micros, qui enregistrent les propos de mon ministre ! Car il est là mon tôlier et, tu sais, il est colère comme tout, tu penses ! Avec cinq morts et vingt blessés la "Saint Valentin" à côté c’est une bataille de boules de neige… Tu sais ce qu’il dit ? « Carte blanche pour casser le cul aux connards qui prennent la capitale pour un terrain de chasse » !

L’homme ne perd pas son sang froid.

- Je n’ai rien à voir dans tout ça !

- Ils t’ont loupé, là, je reconnais qu’ils ont fait une grosse connerie…

- Je ne vois pas de quoi vous parlez !

Le Commandant respire profondément puis se tourne vers son adjoint avec contrariété.

- Tu comprends, Alain, normalement ces Messieurs règlent ça entre eux, pas d’histoire, pas de vague, ni vu ni connu et on peut cohabiter en jouant à chat. Normalement c’est la règle, tu vois ? Ils en butent un à Chatillon, un autre à Dauphine, hop ! On en colle un dans un étang de la forêt de Fontainebleau, l’autre à l’orée d’un bois à Rambouillet, et oui, ce sont des romantiques ces gens-là, des virtuoses de la prune, des fossoyeurs d’idées, bref, nous on ne sait pas et voilà. Pour le coup, toi et moi, on peut s’enfiler notre crème tout les matins, faire notre tiercé, attendre une retraite paisible… Mais aujourd’hui les règles ont changé, ils nous cassent les couilles et ça fait mal, très mal !

Alin regarde le policier de toute sa hauteur, le regard presque méprisant.

- Vous parlez beaucoup et vous vous croyez drôle, mais où voulez vous en venir ?

- Je vais te le dire, c’est un secret… Je vais vous laisser vous entretuer !

- Si vous pensez que j’étais visé, c’est plutôt une protection que vous êtes tenu de m’accorder.

Le Commandant éclate de rire en faisant un clin d’œil à son collègue.

- Tu vois, je te l’avais dis que c’était un comique, il faut le connaître, il est sympa !

- Je crois que j’en ai assez entendu, vous m’excuserez mais je dois me retirer…

- C’est ça ! Une protection, non mais, je rêve… Je n’y crois pas !

Alin fait quelques pas et se retourne.

- La loi vous y oblige, Commandant, c’est comme ça…

- Il faudrait savoir, on nous dit de laisser la place aux jeunes ?

L’homme se retire et va retrouver sa voiture à l’angle de la rue. Il est furieux, ce flic de malheur se permet en plus de le menacer, car il n’est pas dupe, c’est bien une menace !

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article