LE PROGRAMME

Robert.
Karine, la main sur la bouche retient un cri.
En soulevant la chemise je découvre une plaie à faire pâlir d’envie un amateur de carpaccio… Une viande hachée par un projectile qui a du lui être tiré dans le dos et c’est en ressortant qu’elle fut inspirée par le culinaire, c’était de saison et elle a failli oublier.
Un résultat pareil, c’est signé par une balle à sanglier !
Du reste, personne ne s’y trompe, dans le coin on a inauguré le point de restauration rapide, je m’approche et constate que ça grouille de client la dedans. Pour cause, collez un mammouth fraichement abattu dans le tiers monde et ça fait du peuple à table ! Là, c’est la même ! Je répugne à repousser ces fêtards qui se marchent dessus pour s’arracher un bout de bidoche…
A ma grande surprise la tête se tourne doucement vers moi et les yeux s’ouvrent, il n’est pas mort !
Il se fait bouffer vivant et, ça, c’est vraiment donner du sien. Chapeau, bel exemple !
- Reste tranquille on va te tirer de là…
J’ai droit à un sourire aussi pâle qu’une faïence sanitaire, il bouge sa main péniblement et me désigne sa plaie et murmure avec difficulté.
- Avec le tunnel sous ma manche, pour moi c’est closed !
- On va se la tenter quand même… Je ne peux pas te laisser comme ça !
Visiblement contrarié il me fait un signe de tête négatif.
- Donne-moi plutôt une pipe… la dernière.
Ce n’est pas le moment de lui dire que fumer peut tuer… je farfouille dans ma poche alors que Martine s’agenouille à côté de moi.
- Qu’est-ce qu’il dit ?
- Si je te dis ce qu’il veut tu vas mal le prendre…
Je grille la tige et lui glisse entre les lèvres.
- Qui t’as fait ça ?
Toussotements…
- Je ne sais pas. Cette nuit, en descendant le chemin, je me suis fait défoncer le dos mais j’ai réussi à me retourner pour riposter et je suis certain d’avoir plombé le tireur.
Martine lui essuie le visage avec son mouchoir… Karine, derrière nous pleure en silence.
- Mais qu’est-ce que tu foutais là-dessous ?
- … j’ai rampé pour me planquer… et je suis tombé dans les digues.
Il tire péniblement sur la cigarette qui grésille, pour un peu on n’entendrait qu’elle, nous sommes si atterrés que nous ne pouvons plus prononcer un mot. Je crois que mon collègue est à bout de force, il parvient à murmurer encore quelques mots avant de se figer dans un dernier sursaut.
- Pourquoi tu m’as appelé ?
J’en reste stupéfait. Martine se tourne vers moi et son regard interrogateur me glace le sang.
- Je ne l’ai pas appelé ?!
- Pourquoi a-t-il dit ça alors ?
- Je l’ignore totalement !
Elle lui ferme les yeux et s’apprête à lui retirer sa cigarette.
- Ne touche pas !
- Mais il est mort ?
- Et alors ? Laisse lui fumer sa dernière cigarette…